Si vous mettre à votre
compte soulève naturellement des questions de revenus ou de statut juridique, votre retraite mérite également toute votre
attention. Car dès les premiers mois d’activité, les droits que vous acquérez
influencent directement le montant de votre future pension. Encore faut-il
savoir quels sont les droits auxquels vous pourrez prétendre selon le régime
auquel vous êtes affilié, que vous soyez freelance, artisan-commerçant,
micro-entrepreneur, professionnel libéral ou dirigeant non-salarié. Pour éviter
les mauvaises surprises et sécuriser votre avenir, mieux vaut donc comprendre
dès aujourd’hui comment votre nouvelle activité influence votre retraite.
Contactez un conseiller pour bien préparer votre retraite
Des droits à la retraite dès la création ou la reprise d’entreprise
Créer
ou reprendre une entreprise implique souvent de se concentrer sur des priorités
immédiates : trouver des clients, choisir le bon statut, sécuriser sa
trésorerie, développer son chiffre d’affaires… Pourtant, un autre sujet mérite
toute votre attention dès les premiers mois : votre future retraite.
Toute
aventure entrepreneuriale a des conséquences sur les droits à la retraite. En
tant que chef d’entreprise indépendant, vous commencez à cotiser pour votre
retraite dès le démarrage de votre activité professionnelle. Vos
droits dépendent directement des revenus ou du chiffre d’affaires que vous
déclarez.
Concrètement, les
cotisations sociales qui vous sont prélevées permettent notamment de :
Comment
fonctionne la retraite des indépendants ?
Comme les
salariés, les indépendants cotisent tout au long de leur activité afin
d’acquérir des droits à la retraite. Le système repose sur deux niveaux : une retraite
de base et une retraite complémentaire obligatoire.
La retraite de
base : des trimestres validés selon vos revenus ou votre chiffre d’affaires
Pour les TNS,
la validation des trimestres ne dépend pas du temps travaillé, mais du montant
des revenus professionnels (ou du chiffre d’affaires pour les
micro-entrepreneurs (1)) soumis à cotisations. Autrement dit, si
le niveau de vos revenus ou de votre chiffre d’affaires encaissé reste
insuffisant alors même que vous avez travaillé toute l’année, les
trimestres requis pour ouvrir des droits à la retraite ne sont pas validés.
Pour disposer
d’une annuité complète, vous devez valider 4 trimestres dans l’année.
Si vous êtes
artisan, commerçant, micro-entrepreneur (vente de marchandises ou prestation de
services), dirigeant non-salarié ou professionnel libéral (activité
réglementée), pour acquérir un trimestre au régime de retraite de base, il vous
faut atteindre un seuil minimal de revenus fixé par l’Assurance retraite
correspondant à 150 fois le SMIC horaire brut, soit 1
846,50 euros brut au 1er juin 2026 (2). Dès
lors que vous dégagez un revenu professionnel ou un chiffre
d’affaires annuel imposable correspondant à 600 (150 x 4) heures de SMIC
(7 386 euros brut au 1er juin 2026 (2)), vous
validez donc une annuité.
Si vous choisissez
d’exercer une activité libérale non réglementée, votre chiffre
d'affaires annuel doit en revanche atteindre au moins 11 168 €
en 2026 pour valider 4 trimestres (3).
La retraite
complémentaire : un système de points
En parallèle
de votre retraite de base, vous cotisez également à un régime complémentaire
obligatoire. Ces cotisations permettent d’acquérir des points qui
seront convertis en pension au moment de votre départ à la retraite.
Pour de
nombreux indépendants, la retraite complémentaire représente une part
essentielle de leurs revenus futurs. Mais saviez-vous qu’en matière de
retraite, notamment complémentaire, les règles diffèrent selon votre statut
juridique ?
Quels sont les
impacts du statut juridique sur la retraite ?
Sur le plan
de la retraite, tous les indépendants ne sont pas logés à la même enseigne. Le statut
juridique choisi au moment de la création ou de la reprise de votre
entreprise détermine votre régime d’affiliation pour votre retraite et influence
directement vos cotisations sociales et vos droits futurs.
Selon que
vous décidiez de devenir dirigeant TNS (dirigeant de société, artisan,
commerçant), professionnel libéral, entrepreneur individuel ou
micro-entrepreneur, les règles applicables peuvent varier sensiblement en
fonction des différents régimes de retraite, et les conséquences sur le
montant de votre pension peuvent être considérables.
Le statut de
dirigeant TNS
Si vous
choisissez le statut de dirigeant non-salarié (artisan, commerçant, gérant
majoritaire de SARL…), vous serez affilié à la Sécurité sociale pour les
indépendants (SSI) pour votre retraite (4). Vous
cotiserez alors pour :
➜ La retraite
de base : votre pension sera calculée selon la formule du régime
général (5).
➜ La retraite
complémentaire des indépendants (RCI) : votre régime complémentaire
vous permettra d'acquérir des points de retraite complémentaires (6).
➜ L’assurance invalidité-décès :
vous bénéficierez d’une protection en cas d’incapacité de travail.
La base de
calcul des cotisations et contributions sociales est composée du revenu
professionnel brut, diminué de certaines charges professionnelles (hors
cotisations et contributions sociales), sur lequel un abattement forfaitaire
de 26 % est appliqué (7).
Le montant
des cotisations pour la retraite varie en fonction du montant de vos revenus
bruts professionnels :
➜ Si vous
déclarez moins de 48 060 € en 2026, vos taux de cotisation
s’élèvent à 17,87% pour votre retraite de base, et à 8,1% pour votre
retraite complémentaire (7).
➜ Si vos
revenus sont supérieurs à 48 060 € en 2026, les taux de cotisation
applicables sont de 0,72% pour votre retraite de base, et de 9,1%
pour votre retraite complémentaire (ils ne doivent pas dépasser
192 240 € dans ce cas) (7).
Bon à savoir : Pour en savoir plus sur vos taux de cotisations, vous pouvez consulter la
page dédiée sur le site de l’Urssaf.
Le statut de
professionnel libéral
Les professions libérales réglementées
relèvent quant à elles de régimes d’assurance vieillesse x gérés au sein
de r la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse des Professions Libérales
(CNAVPL) et de ses sections professionnelles. La CNAPVL regroupe plusieurs
caisses professionnelles spécifiques à chaque profession (8) :
➜ La CARMF pour les médecins ;
➜ La CARCDSF pour les chirurgiens-dentistes et
sages-femmes ;
➜ La CARPIMKO pour les infirmiers,
masseurs-kinésithérapeutes, pédicures-podologues, orthophonistes,
orthoptistes ;
➜ La CAVP pour les pharmaciens ;
➜ La CARPV pour les vétérinaires ;
➜ La CPRN pour les notaires ;
➜ La CAVEC pour les experts-comptables et
commissaires aux comptes…
Les règles varient en fonction de la nature de la
profession libérale exercée. Chaque caisse gère ses propres règles de
cotisations et de calcul des pensions, avec un régime de base commun
et des régimes complémentaires spécifiques.
Les cotisations et contributions sociales sont calculées
en fonction du revenu professionnel s réalisé sur une année. Mais si
ce dernier est inconnu au moment de la déclaration de revenus, elles sont alors
calculées en fonction des revenus de l’année précédente, avant d’être
réajustées (8) : on parle alors de cotisations
provisionnelles.
Pour connaître toutes les règles concernant la
retraite, vous pouvez vous adresser à la caisse de retraite de la profession
libérale réglementée qui concerne votre activité.
Le statut de micro-entrepreneur
S’il séduit
par sa simplicité administrative, le statut de micro-entrepreneur ou d’auto-entrepreneur
implique pour sa part d’autres spécificités. L’une des erreurs les
plus fréquentes consiste à penser que l’immatriculation suffit à générer
automatiquement des droits à la retraite. En réalité, tout dépend du chiffre
d’affaires déclaré.
Les
micro-entrepreneurs sont rattachés, comme les dirigeants non-salariés, au
régime de Sécurité sociale des indépendants (SSI), intégré au régime
général de la Sécurité sociale. Leur retraite est gérée par l’Assurance
retraite.
Avec ce
statut, vos cotisations sociales seront calculées tous les mois ou tous les
trimestres en fonction de votre chiffre d'affaires réalisé le mois ou le
trimestre précédent (9).
Là encore, les taux de
cotisations sociales pour la retraite de base sont différents selon la nature
de l'activité exercée :
· ➜ Pour la vente de marchandises : 12,3 % de
votre chiffre d'affaires (13,3% si vous optez pour le versement
libératoire de l'impôt) (9). Pour connaître le nombre de
trimestres de retraite que vous avez validés au cours d'une année, vous devez diviser
le montant des revenus cotisés au régime de retraite de base par 150 SMIC
horaire au 1er janvier de l'année (2).
·
➜ Pour une prestation de services (BIC) : 21,2 % de
votre chiffre d'affaires (22,9% si vous optez pour le versement
libératoire de l'impôt) (9). Pour connaître le nombre de
trimestres de retraite que vous avez validés au cours d'une année, vous devez diviser
le montant des revenus cotisés au régime de retraite de base par 150 SMIC
horaire au 1er janvier de l'année (2).
· ➜ Pour une activité libérale non réglementée (BNC) : 25,6 % de
votre chiffre d'affaires (27,8% si vous optez pour le versement
libératoire de l'impôt) (9). Pour valider 4 trimestres de
retraite, votre chiffre d'affaires annuel doit atteindre, en 2026, au
moins 11 168 € (9).
Bon à savoir : Les professions libérales non réglementées sont des professions qui ne sont ni commerciales, ni artisanales, ni agricoles. Elles ne sont pas organisées par un ordre professionnel. Ce sont généralement des activités intellectuelles, techniques ou de soins. Cela peut être le cas si vous envisagez par exemple de devenir formateur, ostéopathe, psychologue, diététicien, coach sportif ou encore guide conférencier
(10).
À
noter : un micro-entrepreneur ne peut pas acquérir plus de 4
trimestres par an (9). Le montant de votre retraite sera
calculé sur vos 25 meilleures années de revenus. Votre pension de retraite
correspond à 50 % de votre revenu moyen si vous avez acquis
tous vos trimestres de retraite. Le montant du revenu moyen pris en compte ne
peut pas être supérieur à 48 060 € (9). Si
vous n'avez pas acquis tous vos trimestres de retraite, alors le montant de
votre pension sera minoré.
En tant que micro-entrepreneur, vous cotisez
également pour votre retraite complémentaire. Cette retraite
complémentaire vous permet de gagner des points de retraite. Pour
calculer ces points, vous devez, comme pour la retraite de base, déterminer la
part du montant de vos cotisations sociales qui revient à votre retraite
complémentaire. Une fois que vous avez déterminé ce montant pour une année,
vous devez le diviser par la valeur du point de l'année correspondante, selon
votre statut (9).
Contactez un conseiller pour bien préparer votre retraite
Retraite des indépendants :
des pensions de base souvent insuffisantes
Vous l’aurez compris, le
statut juridique que vous choisissez détermine le régime auquel
vous cotisez, le mode de calcul de vos droits, les trimestres
acquis et les conditions pour bénéficier d’une retraite à taux plein.
Dans
tous les cas, en tant qu’indépendant, les cotisations que vous reversez pour
votre retraite sont bien souvent inférieures à celles d’un salarié dans
le privé à revenu équivalent, en raison de leur plafonnement plus bas.
Cet avantage peut permettre de préserver la trésorerie de votre entreprise
au démarrage. Mais des cotisations plus faibles peuvent aussi réduire
le montant de votre future pension.
Quel
que soit votre statut, les régimes obligatoires ne suffisent pas à compenser la perte de
revenus au moment de la retraite. Le montant de votre
pension de base reste généralement trop faible pour maintenir votre niveau
de vie après l’arrêt de votre activité. D’autant que des revenus ou un
chiffre d’affaires trop faibles peuvent aussi limiter la validation de
trimestres, voire empêcher l’acquisition de droits sur une année
complète.
C’est
pourquoi, en tant qu’indépendant, vous ne pouvez vous reposer uniquement sur
les régimes obligatoires. Il convient d’agir pour combler cet écart et ce,
le plus tôt possible.
Bon à savoir : Si vous bénéficiez de l’Aide à la création d’entreprise (ACRE), dispositif vous permettant d’être exonéré partiellement de cotisations sociales pendant votre première année d’activité, vos droits peuvent également être impactés (11). Tout dépend notamment du niveau de revenus générés pendant cette période.
Anticiper votre
retraite dès les premières années d’activité : une priorité
Lorsqu’on
crée son entreprise, la retraite peut sembler lointaine. Trop de TNS attendent la fin de leur carrière pour s’y intéresser.
Pourtant, les premières années d’activité peuvent avoir un impact
important sur le montant futur de votre pension. Des périodes prolongées
avec peu de cotisations peuvent réduire vos droits ou créer des écarts de
revenus non négligeables à la retraite, alors que vous avez toutes les cartes
en main pour agir dès aujourd’hui. Plus
vous vous y prenez tôt, plus vous disposez de leviers pou
➜ Bien
identifier votre statut, votre régime d’affiliation et votre mode de
rémunération
dès la création de votre activité, afin d’anticiper précisément vos droits ;
➜ Cotiser
volontairement
afin de combler des périodes incomplètes ;
➜ Mettre
en place une stratégie d’épargne-retraite adaptée afin de sécuriser votre
avenir.
Envisager
une épargne-retraite individuelle apparaît
notamment comme l’une des solutions les plus intéressantes pour combler votre
baisse future de revenus.
Le PER
individuel : un complément intéressant pour les indépendants
Créer
son entreprise ou reprendre une activité implique souvent une protection
sociale moins homogène que celle des salariés. Pour y faire face, l’épargne-retraite
s’impose de plus en plus comme une solution incontournable.
Elle permet de vous constituer, dès les premières
années d’activité, un capital ou une rente supplémentaire pour
la retraite. Contrairement aux retraites de base obligatoires, la retraite supplémentaire
repose sur une logique individuelle de long terme que vous pilotez :
vous gardez la main sur vos versements, vos placements et vos modalités de
sortie. D’autant qu’elle peut être financée par votre entreprise et vous faire
bénéficier d’avantages fiscaux et sociaux significatifs (12).
À cet égard, le Plan d’Épargne Retraite
individuel (PERIN) (13) est un dispositif particulièrement
intéressant pour structurer votre stratégie retraite de façon personnalisée.
Accessible à tous les TNS, que vous soyez professionnel libéral, artisan,
commerçant ou auto/micro-entrepreneur, il vous permet d’effectuer des
versements volontaires (libres et/ou programmés) à votre rythme, tout
en capitalisant sur des supports adaptés à votre horizon de départ.
L’épargne reste bloquée jusqu’à votre retraite –
sauf cas de déblocage anticipé fixé par la réglementation (achat de la
résidence principale, accident de la vie…). Selon votre situation, les
versements peuvent être déductibles de votre revenu imposable (12).
Un accompagnement adapté à vos objectifs avec
un conseiller patrimonial ou un expert-comptable peut vous aider à adapter
votre stratégie d’épargne-retraite selon votre activité, vos revenus et vos
objectifs futurs.
À retenir :
➜ Créer ou reprendre une activité indépendante peut avoir des conséquences
importantes sur votre future retraite.
➜ Le niveau de protection sociale des indépendants dépend en
grande partie du statut choisi, des revenus déclarés, de la régularité
de l’activité, des dispositifs utilisés et des solutions
d’épargne mises en place.
➜ Micro-entrepreneur, artisan, commerçant, profession libérale ou
dirigeant non-salarié : chaque situation mérite une analyse spécifique.
➜ Anticiper votre retraite dès les premières années
d’activité permet souvent d’éviter
des écarts de revenus importants une fois à la retraite.
Contactez un conseiller pour bien préparer votre retraite
Bon à savoir : Indépendant, le
PERIN vous offre la possibilité d’agir dès la création ou la reprise d’entreprise sur le montant de votre future pension. Il vous permet de combler les carences des régimes de base tout en bénéficiant d’une gestion personnalisée, sécurisée et progressive.
Sources :
(1) https://entreprendre.service-public.fr/vosdroits/F36232
(2) https://travail-emploi.gouv.fr/le-smic-salaire-minimum-de-croissance
(3) https://entreprendre.service-public.gouv.fr/vosdroits/F23369
(4) https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000036694251/2026-05-22
(5) Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la Sécurité
sociale pour 2026
(6) https://www.lassuranceretraite.fr/portail-info/hors-menu/actualites-nationales/actif/2025/travailleurs-independants-la-r-2.html
(7) https://entreprendre.service-public.gouv.fr/vosdroits/F23890
(8) https://entreprendre.service-public.gouv.fr/vosdroits/F31233
(9) https://entreprendre.service-public.gouv.fr/vosdroits/F23369
(10) https://entreprendre.service-public.gouv.fr/vosdroits/F33841
(11) https://entreprendre.service-public.gouv.fr/vosdroits/F11677
(12) Pour les TNS, la limite globale annuelle de déduction est
égale au plus élevé des deux montants suivants : 10 % du bénéfice imposable de
l’année en cours dans la limite de 8 fois le Plafond annuel de la Sécurité
sociale (PASS) de l’année en cours (48 060 € en 2026), plus 15 % de la fraction
du bénéfice imposable de l’année en cours compris entre 1 fois et 8 fois le
PASS de l’année en cours, ou 10 % du PASS de l’année en cours si ce montant est
supérieur au précédent. Les versements volontaires déductibles de l’assiette de
l’impôt sur le revenu à l’entrée seront fiscalisés à la sortie. Selon les cas,
la plus-value sera imposée au barème de l’impôt sur le revenu ou soumise au
prélèvement forfaitaire unique.
(13) https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F34982