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Publié le : 24/02/2023
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Le boom de l’investissement

Le boom de l’investissement

Retrouvez chaque mois, les conseils de nos experts pour vous aider dans votre stratégie d’investissement au regard de l’évolution des marchés financiers



Podcast :

Interview de Christophe Morel, Chef économiste chez Groupama Asset Management.


 

Transcription :

Pour rappel, notre scénario économique envisage un « boom » de l’investissement dans les pays développés. Et ce nouveau cycle d’investissement a trois conséquences, d’abord sur l’emploi, ensuite sur l’inflation et enfin, sur les taux d’intérêt :

  • Si les entreprises investissent, elles ont besoin de recruter. L’investissement et l’emploi sont « complémentaires », c’est-à-dire évoluent de « concert ». C’est bien parce que les entreprises investissent, que l’on observe actuellement une résilience de l’emploi et qu’on peut même envisager d’atteindre le « plein emploi ».
  • Dans cet environnement de reprise de l’investissement, l’inflation s’installe. Avant de se traduire dans la productivité et dans le « potentiel de l’offre », l’investissement est d’abord un choc de demande positif qui alimente l’inflation. Surtout, les transitions environnementales et géopolitiques sont « inflationnistes ». Quand l’investissement est aussi massif, les entreprises sont alors régulièrement confrontées à la rareté sur les matières premières et sur le capital humain. Tout cela se traduit par de l’inflation dans les biens et services, et dans les salaires. Finalement, dans cet environnement, le principal risque, c’est la surchauffe.
  • Enfin, lorsque l’investissement repart de façon aussi synchrone, les entreprises ont besoin toutes en même temps de ressources financières. Cette ressource financière reste abondante, mais cela n’empêche pas une tension sur son « prix », à savoir le taux d’intérêt. Dit autrement, le monde de taux d’intérêt bas voire négatifs était le symptôme d’un faible investissement. Si l’investissement redémarre, les taux d’intérêt se « normalisent ».

Ainsi, nous sommes dans un nouveau cycle d’investissement. Et je pense que les marchés financiers sous-estiment fortement, à la fois l’ampleur des investissements publics et privés, mais aussi l’impact macroéconomique de ces plans d’investissement : Sur l’ampleur :

  • On rappelle que le plan Next Generation EU comporte 2 pièces « maitresses ». D’une part, il y a le Fonds de Facilité pour la Reprise et la Résilience qui comporte des subventions et prêts accordés aux États pour plus de 700 milliards d’euros. Et d’autre part, il y a un second pilier avec notamment Invest EU, qui est un fonds de 80 md€, qui sert de garantie européenne pour les investissements privés. Un fonds de 80 md€ qui sert de garantie, vous pouvez imaginer que le levier est considérable et va surprendre !
  • Aux États-Unis, les plans IRA (Inflation Report Act) et le Chips Act vont aussi provoquer une forte impulsion sur les investissements dans l’énergie et surtout, sur les investissements technologiques (semi-conducteurs, intelligence artificielle, la recherche quantique, …).
  • Ensuite, ce cycle d’investissement nous accompagnera toute la décennie (même s’il y aura évidemment des phases de pause). Par exemple, il faut bien imaginer que les plans d’investissement publics en Europe iront au-delà de l’échéance de 2027. Si l’on veut faire face à la transition environnementale et à la transition géopolitique, nous avons estimé que les besoins d’investissement supplémentaires sont de l’ordre de 400 md€ par an jusqu’à 2030, en ligne d’ailleurs avec les estimations de la Commission européenne.

 Au-delà des montants colossaux, l’impact économique sera aussi très important :

  • D’abord, la transmission des plans d’investissement publics à l’économie réelle commence à se voir concrètement. L’Italie est quasiment le seul pays pour le moment à avoir réellement « tirer » sur sa ligne de crédit. Et cela se traduit par un investissement désormais 20 pts au-dessus de son niveau d’avant-crise ! Et on est confiant sur le fait que cela sera aussi « palpable » dans les autres pays.
  • Ensuite il y a une véritable impulsion de l’investissement public sur l’investissement privé. Dans beaucoup de pays développés (États-Unis, France), l’investissement privé « sort par le haut ». Et je crois très intéressant de citer l’enquête publiée en décembre dans la dernière Note de conjoncture de l’Insee. Cette enquête montre que face à la crise énergétique, la principale réponse des entreprises françaises (de l’industrie et des services) est d’adapter les processus de production et d’effectuer des investissements « verts ». Les entreprises « allongent » l’horizon et prévoient d’investir, parce qu’elles n’ont pas le choix.
  • Enfin, on ne doit jamais sous-estimer ce qu’on appelle les effets « multiplicateurs » de l’investissement sur la croissance. L’investissement a un « écho » : l’investissement « d’aujourd’hui » a un impact sur la productivité de « demain », avec un retour » sur la croissance « d’après-demain ». Tous les soutiens budgétaires sont parfaitement calibrés quand on sait que ce sont les investissements publics sont le plus efficaces en Europe, et que ce sont les crédits d’impôts qui ont plus d’impact aux États-Unis.

En conclusion, je vais reboucler avec mon message du début : si les marchés financiers sous-estiment l’ampleur et l’impact des investissements, ils sous-estiment alors la résilience de l’emploi, le risque de surchauffe, la normalisation monétaire et la tension sur les taux longs.

 

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